mercredi 6 septembre 2017

L'Association LEHRER Denkfabrik réagit aux propos de la Rectrice

Réactions de l’Association LEHRER Denkfabrik suite aux propos de la Rectrice, Sophie BEJEAN parus dans L’Enseignant – Bulletin syndical du SE-UNSA n° 80, juin 2017, page 3

L’Association LEHRER Denkfabrik, association professionnelle d’enseignants, active dans l’enseignement bilingue dans les académies de Strasbourg et Nancy-Metz depuis 1993, souhaite réagir aux propos tenus, en page 3 du bulletin n°80 de juin 2017 de L’Enseignant – SE-UNSA, par Madame Sophie BEJEAN, Rectrice de l’académie de Strasbourg. L’association souhaite ainsi préciser trois points qui lui paraissent imprécis, voire discutables.

La langue enseignée dans les disciplines enseignées en langue (DEL)

Dans le bulletin syndical cité en référence, le propos rapporté de la rectrice soutient que « le langage mathématique n’apporte pas de plus-value à la pratique linguistique de langage de communication en allemand ».

L’Association LEHRER Denkfabrik entend cette position depuis de nombreuses années, mais ne peut y adhérer. C’est une position véhiculée par des spécialistes disciplinaires de l’enseignement secondaire, qui n’ont pas une vue globale de l’enseignement en général ou plus précisément de l’acquisition d’une langue seconde. En effet, les EPI n’en étant qu’à leurs débuts et qui plus est voués à devenir optionnels dès cette rentrée scolaire, les interactions transdisciplinaires ne sont pas encore devenues la norme et, pour la plupart, les enseignants réfléchissent et travaillent dans leur discipline de spécialité, sans lancer de ponts nécessaires vers les autres disciplines.


Mais le langage mathématique – par exemple – est bel et bien universel ; il échappe ainsi à cette catégorisation disciplinaire. D’une part il se décline dans toutes les langues et d’autre part il peut être réinvesti dans d’autres DEL ainsi qu’en cours d’allemand même. Par leur aspect répétitif et itératif, les mathématiques se prêtent bien à être enseignées en allemand. Elles impliquent très tôt dans l’esprit d’une mathématique active le recours à des essais, des tâtonnements, à une recherche et donc à une présentation orale de cette recherche. Il existe différentes procédures pour effectuer un calcul mental ou pour comparer des formes géométriques pour ne citer que ces seuls exemples. L’élève va donc être amené à présenter ses essais, à les justifier et sans qu’il ne s’en aperçoive à utiliser, outre la description, des formes plus abstraites de langage comme l’argumentation et l’hypothèse. Une telle démarche est applicable à d’autres disciplines, lors de la présentation d’une recherche de groupes et de la discussion des propositions.

Le niveau de langue en allemand

Par ailleurs, la Rectrice constate que dans les « résultats des évaluations académiques de fin de CM2 en allemand, l’expression orale est en baisse ».

Ne faudrait-il pas retourner cette proposition ? En effet, les élèves qui bénéficient d’un enseignement en langue seconde dispensée par un enseignant fortement germanophone ou dialectophone ont un niveau de langue tout à fait honorable et conforme aux attentes du rectorat en fin de CM2, à savoir A2 pour l’expression et B1 pour la compréhension.

C’est bien plutôt le niveau de langue des enseignants qui tire les résultats des élèves bilingues vers le bas, ce constat étant encore accru en filière d’allemand renforcé. Bien entendu, ce ne sont pas les enseignants qu’il faut montrer du doigt, c’est toute une filière de formation qui est à repenser : immersion linguistique dans la langue seconde des étudiants/stagiaires et recrutement des futurs enseignants dès le début du cursus universitaire seraient par exemple les premiers leviers qu’il faudrait actionner. Les idées pour améliorer une filière qui a montré ses limites ne manquent pas, mais il faut une réelle volonté politique et une action de politique linguistique sur le terrain pour les concrétiser.

Nouvelle répartition horaire pour l’enseignement bilingue

Enfin, l’Association LEHRER Denkfabrik souhaite réagir à la proposition de nouvelle répartition horaire dans l’enseignement bilingue. Cette dernière, purement arithmétique, ne tient compte ni des spécificités liées à chacune des deux langues présentes dans le temps scolaire des élèves de la filière bilingue, ni des réalités de l’apprentissage.

L’un des préceptes et prérequis de la didactique de l’enseignement bilingue est celui de l’égalité des deux langues aux yeux des apprenants. Si cette égalité semble renforcée par la répartition égalitaire des DEL proposée par l’académie de Strasbourg, elle est par là-même fragilisée par la répartition égalitaire des cours de langues française et allemande proprement dits.

Une telle répartition peut être mise en pratique par exemple dans une pédagogie de projet et permet ainsi un enseignement plus efficace en termes d’acquisition linguistique. Notre association professionnelle souhaite cependant que cette répartition ne soit pas le prérequis, mais bien le fruit d’un travail conjoint et abouti de réflexion, de recherche pédagogique ainsi que de conception et de réalisation d’outils d’enseignement spécifiques, liés par exemple à l’apprentissage simultané de la lecture en deux langues.

Même si « un groupe de travail est prévu pour travailler l’entrée dans la lecture », si « des groupes de travail paritaires » sont mis en place dans les circonscriptions, et si des « espaces de mutualisation » ont vu le jour dans l’académie, il est indispensable que la MAERI mutualise les résultats de ces différents axes de travail en leur donnant corps de manière officielle sous la forme d’une publication académique.

Mais l’association sait pouvoir compter sur la volonté de l’académie de développer de manière pérenne la filière bilingue et donc de n’imposer cette nouvelle répartition qu’à partir du moment où les conditions de réussite seront également remplies.


Pour rappel : Extrait du bulletin L'Enseignant n°80 :

PEDAGO
Parler « bilinguisme » avec la Rectrice d’Académie

Face à la volonté de l’administration de diviser les horaires de toutes les matières en deux dans les classes bilingues,  le SE-Unsa a demandé le 12 janvier une audience sur le thème de la filière bilingue à la rectrice d’académie. L’audience s’est tenue… le 21 mars.                                                                                       *SE-Unsa /Rectrice

1) Programmations dans le bilingue : Pourquoi avoir arbitrairement scindé les domaines d’apprentissage en 2 entre les 2 langues ? Ce partage arithmétique est fort contestable, quel en est le sens ?*
A l’origine de cette répartition, l’inquiétude des parents par rapport au niveau scolaire en mathématiques surtout avant le passage en 6ème où les mathématiques, fort enjeu social, ne seront pas enseignées en allemand. Le langage mathématique n’apporte pas une plus-value à la pratique linguistique du langage de communication en allemand. Ce constat découle des résultats des évaluations académiques de fin CM2 en allemand, l’expression orale est en baisse.
L’idée est donc de recentrer le cursus du bilingue sur l’apprentissage de la langue de communication,  l’apprentissage de l’allemand et du français forme ainsi un seul bloc « maitrise de la langue ».
Au vu du nombre d’heures d’enseignement en allemand (12h sur 36 semaines pendant au moins 6 ans, les élèves devraient atteindre le niveau B1/B2 du référentiel européen à l’issue du CM2, or malgré le niveau visé officiellement A2/B1, il n’est souvent pas atteint surtout à l’oral.

2) Où en est-on de la mise en place de cette « préconisation » ?
Des binômes CPLV et EMF ont élaboré des tableaux de répartition des compétences pour constituer un enseignement plus cohérent et conforme aux programmes de 2015.
Un groupe de travail est aussi prévu pour travailler l’entrée dans la lecture.
Des collègues de terrains sont aussi consultés (groupes de travail de circonscription)
Des documents d’accompagnement sont déjà en ligne, disponibles sur le site CPD 67, allemand et sur le site de la DSDEN 68, langues vivantes.

3) Cette nouvelle répartition est-elle obligatoire ou facultative ?
Le cadrage est académique au départ puis la mise en application est départementale. Le cadre est « indicatif et non injonctif ». Les DASEN et la Rectrice affirment que les circulaires de départ ont été mal interprétées, il ne s’agissait pas d’injonctions mais bien de préconisations. Pour l’instant, tout est à l’état de réflexion. L’idée du 50/50% est arrêtée, mais cette répartition se mettra en place « progressivement et dans la souplesse ». La mise en place dans le 67 et le 68 ne sera pas la même, les échanges sont réguliers mais le cap reste commun.
Les DASEN s’engagent à remettre le sujet à l’ordre du jour du conseil des IEN afin qu’aucune pression locale ne s’exerce quant à la mise en place immédiate de ce partage disciplinaire.

4) Autres demandes du SE-Unsa

– Le SE-Unsa souhaite la mise en place d’un groupe de travail paritaire pour mener cette réflexion, en y associant des enseignants de terrain, des universitaires et des représentants syndicaux qu’il y ait adhésion de tous à ce partage disciplinaire.
Pour la Rectrice, des GT existent déjà au sein des circonscriptions et une attache à déjà été prises auprès d’universitaires spécialistes du domaine

– Le SE-Unsa demande que les 18h d’animations pédagogiques des enseignants d’allemand et des enseignants frabil soient réservés à la concertation entre binômes.
Pour l’administration, l’idée est à l’étude mais pas à hauteur des 18 heures.  Dans le 68 « un parcours pour les binômes » est déjà prévu dans toutes les circonscriptions, dans le 67 ce n’est pas le cas car la mise en place sera « plus progressive ».

– Le SE-Unsa demande la mise en place d’un espace de mutualisation efficace. Tant d’énergie est dépensée, chacun crée dans son coin…

Une notice sera envoyée avec les différents liens vers des sites, des outils (CANOPE). Création d’outils particuliers pour le CP (méthode de lecture commune aux 2 langues)

– Les problèmes de la formation continue, de l’accompagnement des jeunes enseignants en allemand ainsi que des contractuels n’ont pas été abordés concrètement, au vu de la durée contrainte qui nous a été octroyée sur cette thématique pourtant éminemment politique…

Le SE-Unsa continue à porter vos revendications d’exigence et de cohérence dans la filière bilingue en Alsace. Continuez à nous contacter.



Laure TREMOLIERES
Anne-Marie HALLER


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